XXX

Si l'annonce du mariage de mademoiselle de Barizel, de la belle Corysandre avec le prince Savine avait fait du tapage, celle de son mariage avec le duc de Naurouse en fit un bien plus grand encore. On avait parlé de Savine, parce que Savine voulait qu'on parlât de lui et employait dans ce but toute sorte de moyens. On parlait du duc de Naurouse tout naturellement, parce qu'on avait plaisir à s'occuper de lui. Savine n'était aimé de personne; Naurouse était sympathique à tout le monde, même à ceux qui ne le connaissaient que pour ce qu'on racontait sur son compte.

Et puis c'était la semaine des courses, et les anciens amis de Roger étaient arrivés à Bade; le prince du Kappel, Poupardin, Montrévault et dix autres avec leurs maîtresses présentes ou anciennes, et tous s'étaient jetés sur cette nouvelle:

—Naurouse se marie, est-ce possible?

On l'avait entouré, questionné, félicité, et tout d'abord il avait mis une certaine réserve dans ses réponses; mais, lorsqu'à la suite de l'entrevue avec Dayelle et d'un nouvel entretien avec madame de Barizel, dans lequel celle-ci, «éclairée sur les sentiments de sa fille et conseillée par son ami Dayelle», avait formellement donné son consentement, il avait très franchement montré combien il était heureux de ce mariage, n'attendant même pas les questions pour l'annoncer à ceux de ses amis qu'il estimait assez pour leur parler de son bonheur.

Les félicitations les plus vives qu'il reçut furent celles du prince de Kappel:

—Êtes-vous heureux, cher ami, de pouvoir vous marier librement et de vous choisir votre femme vous-même et tout seul! Je crois que si j'avais la liberté de faire comme vous, je me marierais; tandis qu'il est bien certain que je mourrai garçon pour ne pas me laisser marier à quelque princesse de sang royal, mais tuberculeux ou scrofuleux, qu'on m'imposerait au nom de la politique et à qui je devrais faire des enfants... si je pouvais. J'aime mieux ne pas essayer. D'ailleurs, un futur roi qui ne se marie pas, c'est drôle, et on est original comme on peut.

Parmi ses amis, un seul, au lieu de le féliciter, le blâma et très vivement, parlant au nom de l'amitié et de la raison, employant la persuasion et la raillerie pour empêcher ce qu'il appelait un suicide: ce fut Mautravers.

Contrairement à son habitude, Mautravers n'était point arrivé à Bade pour le commencement des courses, et quand Roger, surpris de ne le pas voir, avait demandé de ses nouvelles, on lui avait répondu qu'il ne viendrait probablement pas; cependant il était venu, et, le matin de la deuxième journée, en débarquant de chemin de fer il était tombé chez Roger encore au lit et endormi.

—Enfin vous voilà de retour et pour longtemps, j'espère.