Jamais il ne reverrait Corysandre.

Comment supporteraient-ils l'un et l'autre cette séparation? Il n'en savait rien, il ne se le demandait même pas, car ce n'était pas de l'avenir qu'il pouvait s'occuper, c'était du présent, du présent seul.

Et dans ce présent il n'y avait qu'une chose: la fille d'Olympe Boudousquié ne pouvait pas être duchesse de Naurouse.

Ce que souffrirait Corysandre, ce qu'il souffrirait lui-même, il devait pour le moment écarter cela de sa pensée et tâcher de ne voir que ce que l'honneur de son nom lui imposait.

Il se serait fait tuer pour l'honneur de ce nom: cette résolution serait un suicide.

Et dans le wagon qui le ramenait du Havre à Paris, il arrêta la mise à exécution de cette résolution, s'y reprenant à vingt fois, à cent fois, ne restant fixé qu'à un seul point, qui était qu'il ne devait pas retourner à Bade, car il sentait bien que, s'il revoyait Corysandre, il n'y aurait ni volonté, ni dignité, ni honneur qui tiendraient contre elle; et puis, que lui dirait-il, d'ailleurs? Il ne pouvait pas lui parler de sa mère, il faudrait qu'il inventât des prétextes; lesquels? Elle le verrait mentir, et cela il ne le voulait pas.

Il écrirait donc.

Il fut emporté dans un tel trouble, un tel émoi, une telle angoisse, un tumulte si vertigineux, qu'il fut tout surpris de se trouver arrivé à Paris: le temps, la distance, étant choses inappréciables pour lui.

Immédiatement il se rendit chez lui et tout de suite il écrivit ses lettres, dont les termes étaient arrêtés dans sa tête.

«Madame la comtesse,