—Quelle bêtise! elle va licher la bouteille, s'écria Raphaëlle.

—Allons, ma fille, dit M. Houssu, ne porte pas des jugements aventureux sur cette enfant, à son âge...

—Avec ça qu'à son âge je n'en faisais pas autant!

Le feu était allumé, les oeufs étaient battus: l'omelette fut vite cuite; le temps de boire les trois verres d'absinthe, et l'on put se mettre à table: M. Houssu au milieu, les manches de sa chemise retroussées jusqu'aux coudes, le col déboutonné; à sa droite, madame Houssu, correctement habillée; à sa gauche, Raphaëlle, imitant le débraillé paternel et ayant pour tout costume sa chemise et un jupon blanc.

M. Houssu commença par servir sa fille avec un air triomphant.

—Goûte-moi ça, dit-il, est-ce moelleux, est-ce soufflé? Tu as eu une fameuse idée de venir déjeuner avec nous.

—J'ai à te parler.

—Eh bien, ma fille, parle en mangeant, comme je t'écouterai.

—Tu as lu ce que les journaux disent du prince?

—Qu'il allait épouser une jeune Américaine.