—Me croyez-vous donc assez naïf pour avoir foi aux serments d'Olympe Boudousquié?

Elle se jeta aux genoux de Roger en lui saisissant une main malgré l'effort qu'il faisait pour se dégager:

—Eh bien! je partirai, s'écria-t-elle avec un accent déchirant, je retournerai en Amérique, vous n'entendrez jamais parler de moi, je serai morte pour le monde, pour vous, même pour ma fille; mais, je vous en conjure à genoux, à mains jointes, en vous priant, en vous suppliant comme le bon Dieu, ne l'abandonnez pas, ne renoncez pas à ce mariage. Elle est innocente, elle est la fille légitime du comte de Barizel dont la noblesse est certaine; elle vous aime, elle vous adore. La tuerez-vous par votre abandon? C'est sa douleur qui m'a poussée à cette démarche. Ne vous laisserez-vous pas émouvoir, vous qui l'aimez? l'amour ne parlera-t-il pas en vous plus que l'orgueil?

—Que l'orgueil, oui; que l'honneur, non, jamais!

XXXVI

Madame de Barizel était partie depuis longtemps et Roger n'avait pas quitté son salon, qu'il arpentait en long et en large, à grands pas, fiévreusement, quand le domestique entra de nouveau.

—Il y a là une dame, dit-il, qui veut à toute force voir monsieur le duc; elle refuse de donner son nom.

—Ne la recevez pas.

—Elle est jeune, et sous son voile elle paraît très jolie.

Roger ne fut pas sensible à cette raison qui, dans la bouche du domestique, paraissait toute-puissante: