—Dis-moi adieu, Christine, et maintenant prie pour moi: jusqu'à ma dernière heure, ce me sera une joie de penser que tu prononces mon nom en t'adressant à Dieu. Dans le ciel tu sauras combien je t'ai aimée.

XLIII

Les médecins avaient déclaré qu'il ne devait point passer la semaine et même qu'il pouvait mourir d'un moment à l'autre, tout à coup, sans qu'on s'en aperçût; si on ne le veillait pas attentivement et sans le quitter.

Mautravers avait fait de cet avertissement un ordre, et il s'était installé rue Auber, y mangeant, y couchant, agissant en véritable maître de la maison, pour tout ordonner et diriger aussi bien que pour recevoir à sa table ceux qui, malgré l'imminence du danger, continuaient à venir s'y asseoir, chaque jour, déjeunant là, dînant, soupant, jouant comme s'ils avaient été dans un cercle ou un restaurant.

Malgré l'extrême faiblesse dans laquelle il était tombé, Roger avait conservé sa pleine connaissance et, contrairement à ce qui arrive avec la plupart des poitrinaires, il se rendait compte de son état: à l'entendre on pouvait croire qu'il calculait l'instant précis de sa mort, et à tout ce qu'on lui disait pour le tromper, il se contentait de secouer la tête avec un triste sourire.

—Ce qu'il y a d'affreux dans la mort, répétait-il quelquefois, ce n'est pas de renoncer à l'avenir, c'est de regretter le passé: bienheureux sont ceux qui ont un passé.

Mais ce n'était pas à tous ses amis qu'il parlait ainsi, seulement à quelques-uns: Harly, Crozat.

Un matin, au petit jour, il fit appeler Mautravers qui, s'étant couché tard après une soirée de déveine, arriva l'air maussade, aussi furieux d'être réveillé de bonne heure que d'avoir perdu la veille.

—Eh bien! que se passe-t-il? demanda-t-il en bâillant.

—Le moment approche.