«Le prince veut-il ce mariage?
«Toute la question est là, et je t'ai dit que je ne pouvais pas la résoudre; mais ne le voulût-il pas, il me semble qu'on peut croire qu'il sera amené un jour ou l'autre a se laisser faire de force ou de bonne volonté: il doit être bien difficile de résister à des femmes dangereuses comme celles-là, la mère pour son habileté, la fille pour sa beauté.
«La seule chose certaine, c'est qu'il ne les quitte pas, ce qui est un indice grave.
«Pour le soustraire à cette influence qui menace de l'envelopper, il faudrait qu'on lui fît connaître ces deux femmes. Mais comment? je n'ai pas des faits précis à lui mettre sous les yeux de façon à les lui crever. Depuis qu'elles sont en France, elles s'observent d'autant mieux qu'elles n'y sont venues que pour faire, l'une et l'autre, un grand mariage. Ce serait en Amérique qu'il faudrait faire une enquête, à Bâton-Rouge, à la Nouvelle-Orléans, là où s'est écoulée la jeunesse de madame de Barizel; c'est là que sont les cadavres, et si j'en crois le peu que j'ai pu recueillir, ils ne seraient pas difficiles à déterrer.
«Tandis qu'ici c'est le diable: il faut chercher, combiner, se donner un mal de galérien et pour pas grand'chose.
«Et pendant ce temps-là notre prince se trouve serré de plus en plus.
«Dis-moi ce que je dois faire; surtout envoie-moi les moyens de faire quelque chose, car je suis au bout de mes ressources. C'est étonnant comme l'argent file.
Je t'embrasse avec les sentiments d'un père affectueux et dévoué.
«Houssu.»
A cette longue lettre, Raphaëlle répondit par une dépêche télégraphique qui ne contenait que deux mots: