—Va, mon enfant, dit-elle, va, mais ne fais pas d'imprudence.

Une petite barque était amarrée à quelques pas de là. Corysandre nonchalamment, se dirigea de son côté; mais Roger la suivit et, s'étant embarqué avec elle, ce fut lui qui prit les avirons.

Pendant assez longtemps il la promena en tournant devant la table où madame de Barizel et Savine étaient restés assis puis, ayant relevé les avirons, il laissa la barque descendre lentement le courant.

Corysandre était assise à l'arrière et elle restait là sans faire un mouvement, sans prononcer une parole, le visage tourné vers Roger et éclairé en plein par la pâle lumière de la lune, qui se levait.

—Est-ce que vous avez vu plus belle soirée que celle-là? dit-il.

—Non, dit-elle, jamais.

—Voulez-vous que nous retournions?

—Allons encore.

Et la barque continua de suivre le courant; mais bientôt ils touchèrent le barrage et alors Roger dut reprendre les avirons. Cette fois c'était lui qui était éclairé par la lune; il lui sembla que Corysandre, dont les yeux étaient noyés dans l'ombre, le regardait comme lui-même quelques instants auparavant l'avait regardée.

IX