Elle fut grande, cette surprise de Dayelle, et bien agréable, quand pendant la manoeuvre au moyen de laquelle on détachait son wagon du train de la grande ligne pour le placer en queue du train de Bade, il vit la portière de son salon s'ouvrir et madame de Barizel apparaître, souriante, avec la joie et la tendresse dans les yeux.

—Eh quoi, s'écria-t-il en lui tendant les deux mains pour l'aider à monter, vous ici!

XIII

La distance est courte d'Oos à Bade. Pendant ce trajet, le nom du duc de Naurouse ne fut pas prononcé. Pouvait-elle penser à un autre qu'à celui qu'elle était si heureuse de revoir? C'était pour lui qu'elle était venue, c'était de lui seul qu'elle pouvait s'occuper.

Mais, après les premiers moments d'épanchement, il était tout naturel de parler de ce qui s'était passé depuis la dernière visite de Dayelle à Bade, et alors le nom du duc de Naurouse se présenta, amené par la force des choses.

—A propos, j'ai une nouvelle à vous annoncer, une grande nouvelle que j'allais oublier, tant je suis troublée. Il faut me pardonner, quand je vous vois, je perds la tête et ne pense plus à rien. Vous connaissez le duc de Naurouse?

—Je l'ai beaucoup vu chez le duc d'Arvernes, à la campagne, au château de Vauxperreux; présentement, il est en train de faire un voyage autour du monde.

—Présentement, il est à Bade, arrivant de son voyage, et j'ai tout lieu de penser qu'il est amoureux de Corysandre.

Elle dit cela joyeusement, glorieusement; mais Dayelle ne s'associa pas à cette joie, loin de là.

—Si ce que vous supposez était vrai, dit-il gravement, il ne faudrait pas s'en réjouir; il faudrait, au contraire, s'en affliger, M. de Naurouse ne serait nullement le mari que je souhaiterais à votre fille.