—J'aime les passionnés, dit Corysandre.

Sur ce mot on se sépara et les hommes se dirigèrent tous les quatre vers la Conversation, Savine et Leplaquet allant en tête, Dayelle et Roger venant ensuite.

Arrivés à la maison de jeu, Savine et Leplaquet montèrent le perron, Roger, qui voulait faire parler Dayelle sur madame de Barizel et surtout sur Corysandre, parut peu disposé à les suivre.

—Vous n'avez pas envie de jouer, monsieur le duc? demanda Dayelle.

—Je n'ai pas joué depuis que je suis à Bade et je crois que je partirai sans avoir risqué un louis.

—Je ne saurais vous exprimer combien je suis heureux de vous voir dans ces dispositions, car il y a quelques années vous étiez un grand joueur, et le jeu vous a coûté cher.

—C'est peut-être ce qui m'a guéri.

Dayelle croyait avoir trouvé une ouverture pour placer son discours, il se hâta d'en profiter:

—Enfin, je suis, je vous le répète, bien heureux de vous voir revenu si sage de votre voyage; c'est un grand bonheur pour vous, ce sera une grande joie pour ceux qui, comme moi, vous portent un vif intérêt, car je ne doute pas que vous ne persévériez dans la bonne voie. La jeunesse a des entraînements, je comprends cela, mais il ne faut pas qu'ils se prolongent au delà d'une certaine limite. Avec votre beau nom, avec votre grande fortune, quelle eût été votre vie, je vous le demande, si vous aviez persévéré dans la voie que vous suiviez avant votre départ.

Roger se redressa blessé par cet étrange discours, mais, après un court moment de réflexion, il n'interrompit pas, voulant voir où il allait arriver.