Bien qu'elle fût encore assez jeune pour inspirer des passions, elle était cependant dans la classe des mères, de sorte que ceux qui venaient pour voir Corysandre et qui, au lieu de trouver la fille, ne trouvaient que la mère, se laissaient aller bien souvent à un mouvement de déception.

—Mademoiselle Corysandre? demanda Savine après les premiers mots de politesse.

—Elle est dans sa chambre, où elle restera, car j'ai à vous entretenir en particulier de choses graves.

En particulier! Des choses graves! Savine fut inquiet. L'heure qu'il avait si souvent redoutée était-elle sonnée? Allait-on lui demander à quel but tendaient ses assiduités dans cette maison?

—Et notre entretien, continua madame de Barizel, doit rouler sur elle, au moins incidemment, surtout sur l'un de vos amis.

D'amis, il n'en avait réellement qu'un: lui-même; puisque ce n'était pas de lui qu'il allait être question, il n'avait pas à prendre souci. Les autres, ses amis, que lui importait?

Il s'installa commodément dans son fauteuil pour subir le supplice qu'on allait lui imposer, se disant tout bas qu'on était vraiment bien bête de s'exposer à ce que des gens pussent prétendre qu'ils étaient vos amis.

—Vous connaissez beaucoup M. le duc de Naurouse? commença madame de Barizel.

—Comment, si je le connais; c'est mon meilleur ami; nous sommes liés depuis plusieurs années. C'est lui qui m'a assisté dans mon duel avec le duc d'Arcala, ce duel stupide où j'ai eu la sottise, par pure générosité, de me faire donner un coup d'épée par un adversaire moins naïf que moi, au moment même où je cherchais à le ménager.

C'était là un souvenir que Savine aimait à rappeler au moins en ces termes, dont il était satisfait.