Elle ne répondit pas tout de suite, jouissant de cette émotion, pour elle pleine de promesses.

Elle avait donc réussi; maintenant il ne lui restait plus qu'à poursuivre l'avantage qu'elle avait obtenu et à achever ce qu'elle avait si heureusement commencé.

—Je ne vous ai pas dit cela, répondit-elle enfin. Au moins dans ces termes. Je ne vous ai pas dit que la demande était faite. Je suppose qu'elle est sur le point de se faire.

—Ce n'est pas la même chose.

—Assurément. Mais, comme cette supposition repose sur des faits certains, mon devoir de mère est de prendre des précautions. Voici ces faits: M. de Naurouse a profité de la présence ici de M. Dayelle, qui est, comme vous le savez, notre meilleur ami, notre conseil, le second père de Corysandre, pour lui parler mariage et lui prouver, ce qui véritablement n'aurait eu aucun intérêt pour M. Dayelle sans l'intimité qui nous unit, que les folies de jeune homme qu'il avait pu faire n'avaient aucune importance au point de vue de son mariage.

—Vraiment!

—Cela est caractéristique, n'est-ce pas? Ce n'est pas tout: il n'est presque pas de soirée que M. de Naurouse ne passe avec Leplaquet à l'interroger sur nous, sur M. de Barizel, sur moi, sur notre vie en Amérique, sur nos propriétés, sur Corysandre, surtout sur Corysandre. Cela a tellement frappé Leplaquet, qu'il a cru devoir m'en parler en me racontant comment le duc de Naurouse, pris pour lui d'une belle amitié, l'accompagne le soir pendant des heures entières et ne peut pas le quitter. Cela aussi est caractéristique, n'est-ce pas, car il n'est pas dans les habitudes de M. de Naurouse de se lier ainsi et de montrer une telle curiosité, qui serait blessante pour nous, si elle ne s'expliquait pas par ma supposition. N'est-ce pas votre avis?

Il répondit d'un signe de main.

—Maintenant, continua madame de Barizel, ce qu'est M. de Naurouse avec ma fille, je n'ai pas à vous en parler, vous l'avez vu, vous le voyez comme moi tous les jours. Les choses étant ainsi, cette demande serait faite depuis quelque temps déjà, j'en suis certaine, si M. de Naurouse n'avait été et n'était retenu par notre réserve: la mienne, qui est celle d'une mère prudente, et celle de Corysandre...

—Il ne lui plait point? s'écria Savine avec un élan de joie qu'il ne put pas contenir.