—Il me plaît autant que le prince Savine me déplaît; tous les défauts de l'un sont des qualités opposées chez l'autre.
—Alors, si le duc de Naurouse te demandait en mariage, tu l'accepterais?
Corysandre pâlit et ce fut les lèvres tremblantes qu'elle regarda sa mère; voyant un sourire dans les yeux de celle-ci, elle poussa un cri.
—Il m'a demandée?
Mais cette explosion de joie qui venait de se manifester par ce cri et cet élan irrésistible fut de courte durée.
—Pas encore, dit madame de Barizel.
—Ah! pourquoi m'as-tu fait cette joie! murmura Corysandre, se renversant dans son fauteuil.
—C'est toi qui t'es trompée; je ne t'ai pas dit et je n'ai pas voulu te dire que le duc de Naurouse t'avait demandée, mais simplement, et cela est quelque chose, tu vas le voir, que s'il te demandait je suis disposée à te donner à lui.
Corysandre se leva vivement et, d'un bond venant à sa mère, elle la prit dans ses bras et l'embrassa.
C'était la première fois depuis qu'elle n'était plus une enfant qu'elle avait un de ces élans d'effusion.