—C'est bien, dit Savine, l'interrompant avant qu'il fût arrivé au bout de ses explications, cela suffit maintenant; je vous répète que si, par extraordinaire, je ne gagnais pas aujourd'hui, ce serait fini et vous ne toucheriez plus votre louis par jour, attendu que je quitterais Bade. Tout à l'heure vous avez souri quand je vous ai dit cela; mais c'est que vous ne me connaissez pas bien en me jugeant d'après les autres joueurs; moi je n'ai pas de passions.
—Alors, prince, je vous plains de toute mon âme.
—Encore un mot, dit Savine; ne m'accompagnez pas, je vous prie; sans doute vous ne me parlez pas; mais cela me gêne que vous soyez dans la salle; malgré moi, je vous cherche et cela me donne des distractions, et puis vos regards m'empêchent de suivre mes inspirations.
—Défiez-vous-en.
—Je vous dis que j'ai la veine.
Il quitta le vieux marquis pour rentrer dans la salle de jeu, où, rien que par sa manière de se présenter, il se fit faire place.
Lorsqu'il se fut assis, il promena sur les curieux, qui le regardaient étaler autour de lui ses liasses de billets un sourire de superbe assurance qui disait:
—Regardez-moi bien, vous allez voir.
Il fit son jeu.
Ce qu'on vit, ce fut une déveine constante qui le poursuivit.