Et Perrine qui avait cru que, quand elle aurait un toit sur la tête, elle trouverait le sommeil le plus paisible! Comme celui en plein champ, avec les effarements de l'ombre et les hasards du temps, valait mieux cependant que cet entassement dans cette chambrée, avec ses promiscuités, son tapage et l'odeur nauséeuse qui commençait à la suffoquer d'une façon si gênante qu'elle se demandait comment elle pourrait la supporter après quelques heures.
Au dehors, la discussion durait toujours et l'on entendait la voix de la Noyelle qui répétait: «Un p'tiot pot», à laquelle celle de Laïde répondait:
«Demain».
«Je vas aller aider Laïde, dit une des femmes, ou ça durera jusqu'à demain.»
En effet elle se leva et descendit; alors dans l'escalier se produisit un grand brouhaha de voix, mêlé à des bruits de pas lourds, à des coups sourds et aux cris des habitants du rez-de- chaussée, furieux de ce tapage: toute la maison semblait ameutée.
À la fin la Noyelle fut traînée dans la chambre, pleurant avec des exclamations désespérées:
«Qu'est-ce que je vous ai fait?»
Sans écouter ses plaintes, on la déshabilla et on la coucha; mais pour cela elle ne s'endormit point et continua de pleurer en gémissant.
«Qu'est que je vos ai fait pour que vous me brutalisiez? Je suis- t'y malheureuse! Je suis-t'y une voleuse qu'on ne veut pas boire avec mé? Laïde, j'ai sef.»
Plus elle se plaignait, plus l'exaspération contre elle montait dans la chambrée, chacune criant son mot plus ou moins fâché.