Très occupée par ces divers travaux qui lui prenaient toutes ses soirées, elle resta plus d'une semaine sans aller voir Rosalie; et comme, par une de leurs camarades aux cannetières qui logeait chez mère Françoise, elle eut de ses nouvelles; d'autre part comme elle craignait d'être reçue par la terrible tante Zénobie, elle laissa les jours s'ajouter aux jours; mais à la fin, un soir elle se décida à ne pas rentrer tout de suite chez elle, où d'ailleurs elle n'avait pas à faire son dîner, composé d'un poisson froid pris et cuit la veille.
Justement Rosalie était seule dans la cour, assise sous un pommier; en apercevant Perrine elle vint à la barrière d'un air à moitié fâché et à moitié content:
«Je croyais que vous vouliez, ne plus venir?
— J'ai été occupée.
— À quoi donc?»
Perrine ne pouvait pas ne pas répondre: elle, montra ses espadrilles, puis elle raconta comment elle avait confectionné sa chemise.
«Vous ne pouviez pas emprunter des ciseaux aux gens de votre maison? dit Rosalie étonnée.
— Il n'y a pas de gens qui puissent me prêter, des ciseaux dans ma maison.
— Tout le monde a des ciseaux.»
Perrine se demanda si elle devait continuer à garder le secret sur son installation, mais pensant qu'elle ne pourrait le faire que par des réticences qui fâcheraient Rosalie, elle se décida à parler.