— M. Vulfran t'a-t-il fait traduire des lettres?
— Non, monsieur; j'ai seulement traduit des passages du Dundee
News, et en entier la Dundee trades report Association.
— Tu sais que si tu ne me dis pas la vérité, toute la vérité, je l'apprendrai bien vite, et alors, ouste!»
Un geste souligna ce dernier mot, déjà si précis dans sa brutalité.
«Pourquoi ne dirais-je pas la vérité?
— C'est un avertissement que je te donne.
— Je m'en souviendrai, monsieur, je vous le promets.
— Bon. Maintenant va t'asseoir sur le banc là-bas; si M. Vulfran a besoin de toi, il se rappellera qu'il t'a dit de venir.»
Elle resta près de deux heures sur son banc, n'osant pas bouger tant que Talouel était là, n'osant même pas réfléchir, ne se reprenant que lorsqu'il sortait, mais s'inquiétant, au lieu de se rassurer, car il eût fallu, pour croire qu'elle n'avait rien à craindre de ce terrible homme, une confiance audacieuse qui n'était pas dans son caractère. Ce qu'il exigeait d'elle ne se devinait que trop: qu'elle fût son espion auprès de M. Vulfran, tout simplement, de façon à lui rapporter ce qui se trouvait dans les lettres qu'elle aurait à traduire.
Si c'était là une perspective bien faite pour l'épouvanter, cependant elle avait cela de bon de donner à croire que Talouel savait ou tout au moins supposait qu'elle aurait des lettres à traduire, c'est-à-dire que M. Vulfran la prendrait près de lui tant que Bendit serait malade.