La première occupation de M. Vulfran en arrivant le matin à ses bureaux était d'ouvrir son courrier, qu'un garçon allait chercher à la poste et déposait sur la table en deux tas, celui de la France et celui de l'étranger. Autrefois il décachetait lui-même toute sa correspondance française, et dictait à un employé les annotations que chaque lettre comportait, pour les réponses à faire ou les ordres à donner; mais depuis qu'il était aveugle il se faisait assister dans ce travail par ses neveux et par Talouel, qui lisaient les lettres à haute voix, et les annotaient; pour les lettres étrangères, depuis la maladie de Bendit, après les avoir ouvertes on les transmettait à Fabry si elles étaient anglaises, allemandes à Mombleux.
Le matin qui suivit l'entretien entre Fabry et Mombleux qui avait ému Perrine si violemment, M. Vulfran, Théodore, Casimir et Talouel étaient occupés à ce travail de la correspondance, quand Théodore, qui ouvrait les lettres étrangères, en annonçant le lieu d'où elles étaient écrites, dit:
«Une lettre de Dakka, 29 mai.
— En français? demanda M. Vulfran.
— Non, en anglais.
— La signature?
— Pas très lisible, quelque chose comme Feldes, Faldes, Fildes, précédé d'un mot que je ne peux pas lire; quatre pages; votre nom revient plusieurs fois; à transmettre à M. Fabry, n'est-ce pas?
— Non; me la donner.»
En même temps Théodore et Talouel regardèrent M. Vulfran, mais en voyant qu'ils avaient l'un et l'autre surpris le mouvement qui venait de leur échapper, et trahissait une même curiosité, ils prirent un air indifférent.
«Je mets la lettre sur votre table, dit Théodore.