Il était debout devant elle, appuyé sur son bureau, penché vers elle, la tenant dans ses yeux, l'enveloppant, la dominant; elle fit appel à tout son courage, et d'une voix un peu rauque qui trahissait son émotion, mais qui ne tremblait pas cependant, elle dit:
«M. Vulfran m'a défendu de parler de cette lettre à personne.»
Il se redressa furieux de cette résistance, mais presque aussitôt se penchant de nouveau vers elle en se faisant caressant dans les manières comme dans l'accent:
«Justement je ne suis personne, puisque je suis son second, un autre lui-même.
Elle ne répondit pas,
«Tu es donc stupide? s'écria-t il d'une voix étouffée.
— Sans doute, je le suis.
— Alors, tâche de comprendre qu'il faut être intelligent pour occuper la place que M. Vulfran t'a donnée auprès de lui, et que puisque cette intelligence te manque, tu ne peux pas garder cette place, et qu'au lieu de te soutenir comme je l'aurais voulu, mon devoir est de te faire renvoyer. Comprends-tu cela?
— Oui, monsieur.
— Eh bien, réfléchis-y, pense à ce qu'est ta situation aujourd'hui, représente-toi ce qu'elle sera demain dans la rue, et prends une résolution que tu me feras connaître ce soir.»