En suivant les indications qui lui avaient été données, elle trouva assez facilement la rue Riblette, mais le médecin n'était point encore levé, elle dut attendre, assise sur une borne dans la rue, à la porte d'une remise derrière laquelle on était en train d'atteler un cheval: comme cela elle le saisirait au passage, et en lui remettant ses quarante sous, elle le déciderait a venir, ce qu'il ne ferait pas, elle en avait le pressentiment, si on lui demandait simplement une visite pour un des habitants du Champ Guillot.
Le temps fut éternel à passer, son angoisse se doublant de celle de sa mère qui ne devait rien comprendre à son retard; s'il ne la guérissait point instantanément, au moins allait-il l'empêcher de souffrir. Déjà elle avait vu un médecin entrer dans leur roulotte, lorsque son père avait été malade. Mais c'était en pleine montagne, dans un pays sauvage, et le médecin que sa mère avait appelé sans avoir le temps de gagner une ville, était plutôt un barbier avec une tournure de sorcier qu'un vrai médecin comme on en trouve à Paris, savant, maître de la maladie et de la mort, comme devait l'être celui-là, puisqu'on le disait fameux.
Enfin la porte de la remise s'ouvrit, et un cabriolet de forme ancienne, à caisse jaune, auquel était attelé un gros cheval de labour, vint se ranger devant la maison et presque aussitôt le médecin parut, grand, gros, gras, le visage rougeaud encadré d'une barbe grise qui lui donnait l'air d'un patriarche campagnard.
Avant qu'il fût monté en voiture, elle était près de lui et lui exposait sa demande.
«Le champ Guillot, dit-il, il y a eu de la batterie.
— Non monsieur, c'est ma mère qui est malade, très malade.
— Qu'est-ce que c'est ta mère?
— Nous sommes photographes.»
Il mit le pied sur le marchepied.
Vivement elle tendit sa pièce de quarante sous.