Mais il n'était pas homme à se perdre dans des plaintes inutiles; ce fut ce qu'il expliqua lui-même:

«Les regrets n'ont jamais changé les faits accomplis; tirons parti plutôt de ce que nous avons; tu vas tout de suite faire une dépêche en français pour ce M. Lasserre puisqu'il est Français, et une en anglais pour le père Mackerness.»

Elle écrivit couramment la dépêche qu'elle devait traduire en anglais, mais pour celle qui devait être déposée en français au télégraphe elle s'arrêta dès la première ligne, et demanda la permission d'aller chercher un dictionnaire dans le bureau de Bendit.

«Tu n'es pas sûre de ton orthographe?

— Oh! pas du tout sûre, monsieur, et je voudrais bien qu'au bureau on ne pût pas se moquer d'une dépêche envoyée par vous.

— Alors tu n'es pas en état d'écrire une lettre sans fautes?

— Je suis sûre de l'écrire avec beaucoup de fautes; le commencement des mots va à peu près, mais pas la lin, quand il y a des accords, et puis les doubles lettres ne vont pas du tout non plus, et beaucoup d'autres choses encore: bien plus facile à écrire l'anglais que le français! J'aime mieux vous avouer cela tout de suite, franchement.

— Tu n'as jamais été à l'école?

— Jamais. Je ne sais que ce que mon père et ma mère m'ont appris, au hasard des routes, quand on avait le temps de s'asseoir, ou qu'on restait au repos dans un pays; alors ils me faisaient travailler; mais pour dire vrai, je n'ai jamais beaucoup travaillé.

— Tu es une bonne fille de me parler franchement; nous verrons à remédier à cela; pour le moment occupons-nous de ce que nous avons à faire.»