— Faible.

— Alors?

— J'aurais pu, pour la juger, lui faire faire une dictée qui m'aurait montré précisément son écriture et son orthographe; mais cela seulement. J'ai voulu prendre d'elle une meilleure opinion, et je lui ai demandé une petite narration sur Maraucourt; en vingt lignes, ou cent lignes, me dire ce qu'était le pays, comment elle le voyait. En moins d'une heure, au courant de la plume, sans chercher ses mots, elle m'a écrit quatre grandes pages vraiment extraordinaires: tout s'y trouve réuni, le village lui-même, les usines, le paysage général, l'ensemble aussi bien que le détail; il y a une page sur les entailles avec leur végétation, leurs oiseaux et leurs poissons, leur aspect dans les vapeurs du matin et l'air pur du soir, que j'aurais cru copiée dans un bon auteur, si je ne l'avais vu écrire. Par malheur la calligraphie et l'orthographe sont ce que je vous ai dit, mais qu'importe! c'est une affaire de quelques mois de leçons, tandis que toutes les leçons du monde ne lui apprendraient pas à écrire, si elle n'avait pas reçu le don de voir et de sentir, et aussi de rendre ce qu'elle voit et ce qu'elle sent. Si vous en avez le loisir, faites-vous lire cette page sur les entailles, elle vous prouvera que je n'exagère pas.»

Alors, M. Vulfran, que cette appréciation avait mis en belle humeur, car elle calmait les objections qui lui étaient venues sur son prompt engouement pour cette petite, raconta à Mlle Belhomme comment Perrine avait habité une aumuche dans l'une de ces entailles, et comment avec rien, si ce n'est ce qu'elle trouvait sous sa main, elle avait su se fabriquer des espadrilles, et toute une batterie de cuisine dans laquelle elle avait préparé un dîner complet, fourni par l'entaille elle-même, ses oiseaux, ses poissons, ses fleurs, ses herbes, ses fruits.

Le large visage de Mlle Belhomme s'était épanoui pendant ce récit, qui sans aucun doute l'intéressait, puis quand M. Vulfran avait cessé de parler, elle avait gardé elle-même le silence, réfléchissant:

«Ne trouvez-vous pas, dit-elle enfin, que savoir créer ce qui est nécessaire à ses besoins est une qualité maîtresse, enviable entre toutes?

— Assurément, et c'est cela même qui m'a tout d'abord frappé chez cette jeune fille, cela et la volonté; dites-lui de vous conter son histoire, vous verrez ce qu'il lui a fallu d'énergie pour arriver jusqu'ici.

— Elle a reçu sa récompense, puisqu'elle vous a intéressé, cette jeune fille.

— Intéressé, et même attaché, car je n'estime rien tant dans la vie que la volonté à qui je dois d'être ce que je suis. C'est pourquoi je vous demande de la fortifier chez elle par vos leçons, car si l'on dit avec raison qu'on peut ce qu'on veut, au moins est-ce à condition de savoir vouloir, ce qui n'est pas donné à tout le monde, et ce qu'on devrait bien commencer par enseigner, si toutefois il est des méthodes, pour cela; mais en fait d'instruction, on ne s'occupe que de l'esprit, comme si le caractère ne devait, point passer avant. Enfin, puisque vous avez une élève douée de ce côté, je vous prie de vous appliquer à le développer.»

Mlle Belhomme était aussi incapable de dire une chose par flatterie, que de la taire par timidité ou embarras: