— Est-ce que le médecin connaît ces chambres? demanda-t-elle.
— Bien sûr qu'il les connaît; il est venu plus d'une fois à côté quand il a soigné la Marquise.»
Ce mot la décida: puisque le médecin connaissait ces chambres, il savait ce qu'il disait en conseillant d'en prendre une; et puisqu'une marquise, habitait l'une d'elles, sa mère pouvait bien en habiter une autre.
«Cela vous coûtera huit sous par jour, dit Grain de Sel, ajoutés aux trois sous pour l'âne et aux six sous pour la roulotte.
— Vous l'avez achetée?
— Oui, mais puisque vous vous en servez, il est juste de la payer,»
Elle ne trouva rien à répondre; ce n'était pas la première fois qu'elle se voyait ainsi écorchée; bien souvent elle l'avait été plus durement encore dans leur long voyage, et elle finissait par croire que c'est la loi de nature pour ceux qui ont, au détriment de ceux qui n'ont pas.
IV
Perrine employa une bonne partie de la journée à nettoyer la chambre où elles allaient s'installer, à laver le plancher, à frotter les cloisons, le plafond, la fenêtre qui depuis que la maison était construite n'avait jamais été bien certainement à pareille fête.
Pendant les nombreux voyages qu'elle fit de la maison au puits où elle tirait de l'eau pour laver, elle remarqua qu'il ne poussait pas seulement de l'herbe et des chardons dans l'enclos: des jardins environnants le vent ou les oiseaux avaient apporté des graines; par-dessus le palis, les voisins avaient jeté des plants de fleurs dont ils ne voulaient plus; de sorte que quelques-unes de ces graines, quelques-uns de ces plants, tombant sur un terrain qui leur convenait, avaient germé ou poussé, et maintenant fleurissaient tant bien que mal. Sans doute leur végétation ne ressemblait en rien à celle qu'on obtient dans un jardin, avec des soins de tous les instants, des engrais, des arrosages; mais pour sauvage qu'elle fût, elle n'en avait pas moins son charme de couleur et de parfum.