Elle prit l'anse du panier d'un côté, Perrine la prit de l'autre et elles se mirent en marche d'un même pas, au milieu du chemin.

L'occasion qui s'offrait à Perrine d'apprendre ce qu'elle avait intérêt à savoir était trop favorable pour qu'elle ne la saisît pas; mais comme elle ne pouvait pas interroger franchement cette jeune fille, il fallait que ses questions fussent adroites et que tout en ayant l'air de bavarder au hasard, elle ne demandât rien qui n'eût un but assez bien enveloppé pour qu'on ne put pas le deviner.

«Est-ce que vous êtes née à Maraucourt?

— Bien sûr que j'en suis native, et ma mère l'était aussi. Mon père était de Picquigny.

— Vous les avez perdus?

— Oui, je vis avec ma grand'mère qui tient un débit et une épicerie: Mme Françoise.

— Ah! Mme Françoise!

— Vous la connaissez-t'y?

— Non… je dis ah! Mme Françoise.

— C'est qu'elle est bien connue dans le pays, pour son débit, et
puis aussi parce que, comme elle a été la nourrice de M. Edmond
Paindavoine, quand les gens veulent demander quelque chose à
M. Vulfran Paindavoine, ils s'adressent à elle.