—Vous le croyez?
—J'en suis sûr. Vous devez bien penser que, depuis un an, je ne vous ai pas vus ensemble sans vous observer, et tout ce que j'ai pu remarquer m'a donné cette certitude, que la façon dont elle me parle lorsqu'il est question de vous entre elle et moi n'a fait que confirmer.
—Alors, puisqu'il en est ainsi, et je n'ai pas à vous dire avec quelle joie profonde je reçois vos paroles, je crois que le moment est venu de lui adresser ma demande, et je vous prie de m'en accorder la permission.
Ce ne fut plus de l'embarras que le comte éprouva, ce fut une gêne inquiète.
—Puisqu'elle sait que j'ai votre agrément pour ce mariage, il ne me reste plus qu'à lui demander le sien. Aussi bien la situation dans laquelle nous nous trouvons ne peut pas se prolonger plus longtemps, pas plus pour nous que pour le monde.
—Évidemment, répondit le comte, cependant....
—Oh! je ne demande pas une date fixe, si les raisons dont vous m'avez parlé l'année dernière pour retarder cette date existent encore; mais je demande une réponse formelle, un engagement. Que j'aie la certitude de devenir le mari de mademoiselle Ghislaine, que je puisse me présenter ouvertement comme son fiancé, et j'attendrai.
Pendant que d'Unières parlait, M. de Chambrais, qui se voyait mis au pied du mur, se demandait comment sortir de là; ce dernier mot lui ouvrit un moyen:
—Pouvez-vous dire cela à Ghislaine? demanda-t-il, pouvez-vous aborder cette question de délai avec elle?
—Assurément, c'est difficile.