Elle dit cela avec un ton d'admiration et de respect, en petite fille habituée à se faire une idée presque surnaturelle, religieuse, de cette comtesse d'Unières si loin d'elle.

Ghislaine fut remuée jusque dans les entrailles; c'était donc vrai qu'elle était bien loin de cette enfant, que celle-ci, dans son ignorance, n'admettait même pas que cette distance pût être jamais franchie.

Elle jeta un regard autour d'elle. Au dehors, on n'entendait d'autre bruit que celui de la brise dans le feuillage des grands arbres; personne dans la maison, Claude l'avait dit. Alors elle eut une faiblesse, elle qui toujours s'était si rigoureusement observée; d'un mouvement passionné, elle attira sa fille sur sa poitrine et, longuement, elle l'embrassa, murmurant des mots que Claude, surprise, ne comprenait pas.

Puis tout à coup le sentiment de la réalité lui revenant, elle s'arrêta brusquement, et sans repousser l'enfant, elle cessa de l'embrasser.

—Je t'assure que je t'aime, ma petite Claude, et Dagomer aussi t'aime bien.

—C'est vrai, mais il n'est pas mon père.

—On n'a pas toujours une mère et un père; à ton âge je n'avais plus les miens.

—Oui, mais vous les aviez connus, tandis que moi....

C'était là un sujet trop douloureux pour que Ghislaine voulût le continuer, chaque parole de Claude lui était une blessure.

—Mais que sens-tu donc? demanda-t-elle plutôt pour changer l'entretien que par curiosité réelle, quelle étrange odeur!