—Il est vrai, dit-elle.
—Pourquoi t'en défendre; surtout pourquoi t'en cacher? Tu ne diras point que tu ne t'en caches pas?
Elle ne répondit pas, incapable de trouver un mot.
—Vois comme te voilà émue; c'est cette émotion dont tu n'es pas maîtresse toutes les fois qu'il s'agit de cette enfant, qui m'a donné l'éveil. Je me suis demandé ce qui pouvait la provoquer; j'ai cherché.
Si doux que fût l'accent de son mari, elle se sentait défaillir.
—Il y a longtemps que je t'observe, plus longtemps que tu ne penses, au sujet de cette petite; mais j'avoue que jusqu'à la mort de ton oncle mon observation ne me conduisait qu'à des contradictions; c'est le testament de M. de Chambrais qui, en m'ouvrant les yeux, m'a mis dans la voie.
C'était en vain que Ghislaine cherchait à comprendre; les paroles étaient terribles, le ton était affectueux et tendre comme à l'ordinaire.
Il continua:
—Il est certain que j'ai eu tort de ne pas m'expliquer avec toi tout de suite franchement, cela eût tranché la situation. Je ne l'ai pas fait, retenu par un sentiment de réserve envers ton oncle et plus encore envers toi; mais les choses ne peuvent pas durer plus longtemps ainsi.
Ne devait-elle pas prendre les devants, se jeter dans les bras de son mari, lui avouer la vérité? Elle s'arrêta un moment, les jambes cassées par l'angoisse.