M. Auguste toisa Nicétas dédaigneusement, et celui-ci voyant l'effet que produisait son costume sur ce personnage important, habitué à juger les gens sur la mine, trouva opportun de balancer cet effet par quelques paroles habiles:
—Je suis chargé par un journal américain dont je suis correspondant, dit-il, de lui envoyer la description du château de Chambrais, et je serais très gêné de différer ma visite jusqu'à mardi.
—Ah! monsieur est journaliste, dit Auguste, s'adoucissant, évidemment parce qu'il admettait qu'un journaliste américain pouvait être négligé dans sa tenue.
—Voulez-vous me faire l'honneur d'accepter quelque chose? demanda Nicétas.
—Avec plaisir.
Il s'assit sur le tabouret libre et Nicétas appela le le cabaretier. M. Auguste désirait un apéritif, Dagomer un «autre café»; quand ils furent servis, l'entretien reprit:
—Certainement je voudrais vous obliger, dit M. Auguste, mais si M. le comte ne va pas demain à la Chambre et si madame la comtesse ne l'accompagne pas, il n'y aura pas moyen. S'ils partent, au contraire, je vous ferai visiter le château: venez à une heure, j'aurai fini de déjeuner.
Pour jouer son rôle, Nicétas demanda des renseignements sur le château, sur le nombre des domestiques, des chevaux, des chiens, sur l'étendue du parc, puis il passa aux maîtres.
—Il y a longtemps que M. le comte d'Unières a épousé la princesse de Chambrais?
—Dix ans.