Il avait tout le temps d'attendre en continuant son croquis avec une prudente lenteur. Comme il tenait ses yeux fixés sur le pavillon, il entendit un bruit de pas derrière lui dans le chemin; se retournant, il vit venir une grande fillette portant une botte d'herbe sur la tête: elle était vêtue d'une robe d'indienne toute mouillée par le bas, et chaussée de sabots; bien qu'elle eût l'âge de Claude, il n'admit point qu'une fille dans ce costume de paysanne pût être celle de la comtesse d'Unières: une Dagomer, sans aucun doute.

Arrivée près de lui, elle jeta sa botte d'herbe à terre, et s'arrêtant, elle le regarda: alors il la salua gracieusement, se disant que, s'ils engageaient une conversation, il en pourrait peut-être tirer quelque chose.

—Bonjour, mademoiselle.

—Bonjour, monsieur.

Elle s'approcha avec curiosité: alors il remarqua qu'elle ne ressemblait en rien aux petites Dagomer qu'il avait vues quelques minutes auparavant, ni à leur mère.

Elles étaient blondasses, elle était brune; elles étaient épaisses, elle était svelte; mais ce qui le frappa surtout en elle, ce furent ses yeux profonds et ses cheveux noirs ondulés,—les cheveux de Ghislaine.

Allons, décidément, la voix du sang était muette en lui: à la vue de cette fillette dont il était le père, son coeur n'avait pas du tout bondi.

Il fallait savoir s'il ne se trompait pas.

—Votre papa est sorti, n'est-ce pas, mademoiselle?

—Papa Dagomer, oui, il fait sa tournée.