—Et qu'en feriez-vous?
—Une honnête fille, une fille tendrement aimée.
—Je ne voudrais pas aborder un sujet blessant pour vous.
—Oh! ne vous gênez pas, et dans un entretien de l'importance de celui-ci, qui met tant d'intérêts en jeu, l'avenir de votre fille, votre honneur, celui de votre mari, laissez, je vous prie, toute politesse de côté; ce n'est ni le lieu, ni le moment.
—Je voulais dire qu'alors que vous voyiez dans Claude une héritière jouissant dès maintenant de ses revenus, vous pouviez penser à la prendre.
—C'est-à-dire que je spéculais sur ma paternité, n'est-ce pas? Dites-le donc, puisque vous le pensez; cela n'est pas pour me blesser; en réalité, rien n'est pour me blesser.
Malgré la permission qu'il lui en donnait, elle ne vouait pas «ne pas se gêner» comme il disait, ni pousser les choses aux extrêmes.
—Claude en possession de ses revenus, dit-elle, vous pouviez lui donner une existence large, en même temps que vous vous la donniez à vous-même. Mais maintenant ce n'est pas le cas. J'admets pour un moment que vous puissiez la prendre—mais je n'admets cela que pour la discussion, car dans la réalité son conseil de famille la défendrait, et la justice ne sanctionnerait jamais des droits qui ne reposent sur rien. Que feriez-vous d'elle, et comment vivrez-vous? Quels avantages matériels retirerez-vous de cette reconnaissance? Claude serait une charge pour vous, non une source de produit.
—Où voulez-vous en venir?
—A ceci: que vous pourriez trouver ces avantages précisément à ne pas prendre Claude, à ne pas vous occuper d'elle, à m'abandonner ce soin ainsi qu'à son conseil de famille, enfin à la laisser, aussitôt que sa santé le permettra, entrer au couvent, où elle recevra une éducation convenable, et d'où elle sortira pour se marier.