—S'il n'est pas celui qu'il dit, il nous donne prise sur lui par cette usurpation de nom et de titre.
—Il ne l'est pas.
—Une enquête doit être faite; accordez-moi un certain temps.
—Il y a urgence.
—Je ne perdrai pas de temps; je vous préviendrai.
Le notaire allait partir, le préfet le retint:
—Pouvez-vous me donner le signalement de ce prétendu prince?
—Trente-cinq ans, taille élevée, cheveux noirs, pas de barbe, gras, bouffi; l'air d'un chenapan bien élevé; il demeure au n° 44 des Champs-Elysées.
—Je vous promets de faire diligence. Si, comme je n'en doute pas, mes renseignements sont conformes aux vôtres, on le conduira à la frontière. Mais c'est tout ce que je peux, car nous n'avons plus la Bastille... Dieu merci. Cela nous débarrassera-t-il de lui? j'en doute: la mort seule interrompt un bon chanteur dans son métier et encore il laisse bien souvent des héritiers.
Le notaire s'étant retiré, le préfet fit appeler un de ses secrétaires, car cette mission n'était pas de celles qui se donnent au premier venu, et le chargea d'aller tout de suite à l'ambassade de Russie: il s'agissait de savoir si le prince Amouroff, lieutenant-général et aide camp général, avait eu un ou plusieurs fils; si un de ses fils se trouvait aujourd'hui à Paris et s'il répondait au signalement d'un homme de trente-cinq ans, de grande taille, aux cheveux noirs.