Arrivée la première, ce fut elle qui l'interrogea:

—Qu'est-ce qu'il y a? s'écria-t-elle.

—Ah! madame la comtesse, j'ai la main maudite, je viens de tuer un homme. Qué malheur!

—Un braconnier? demanda le comte.

—Hé non, un monsieur qui voulait enlever Claude.

Le comte et la comtesse se regardèrent; ils n'eurent pas besoin de paroles pour se comprendre.

—V'là l'affaire, dit le garde, comme elle est arrivée, aussi vrai que je m'appelle Dagomer.

Il leva la main pour attester le ciel.

—Il l'avait fait monter sur la toue, continua Dagomer, et à travers la Réserve, il l'emmenait du côté de la grand'route, où il avait une voiture toute prête, le cheval attaché à un des arbres du Calvaire. L'enfant criait, appelait au secours. Je suis arrivé; l'hasard m'avait fait prendre l'avenue de Baccu. J'y ai dit d'arrêter. Il s'est mis à ramer plus fort. Il allait aborder. Ni à gauche ni à droite je ne pouvais courir après; personne sur la route; Claude était perdue. Qué que vous auriez fait, monsieur le comte? moi j'ai tiré pour sauver la petite; je voulais lui casser un bras, ça l'aurait arrêté; il a roulé au fond de la toue, mort; il ne faut jamais tirer quand on est versibulé.

—Et Claude? s'écria Ghislaine.