Le comte sauta à bas du lit et courut à la fenêtre où il trouverait l'éclairage qu'il lui fallait.
Mais s'il n'avait rien compris à la dépêche quand Philippe la lui avait lue, elle ne fut guère moins obscure quand il la lut lui-même.
Que se passait-il donc à Chambrais pour qu'elle l'appelât ainsi en toute hâte? Il n'y avait pas à hésiter: il fallait partir.
—Commande-moi deux oeufs et, une tasse de thé, dit-il.
Puis quand le valet de chambre fut sorti, il commença à s'babiller.
—Et je m'imaginais que l'émancipation me rendrait ma liberté! s'écria-t-il tout à coup.
Précisément, toutes sortes d'affaires exigeaient que ce jour-là il fût libre.
A deux heures et demie, il avait un rendez-vous au Tattersall pour aider un de ses amis à choisir un cheval; à quatre heures, il présidait une séance d'escrime; à sept heures, il dînait au cabaret avec une petite femme charmante qui vingt fois avait refusé son invitation et capitulait enfin.
Voilà qu'il fallait changer tout cela, et ce qui l'ennuyait le plus au monde, écrire un tas de lettres pour s'excuser: la visite au Tattersall, la séance d'escrime, passe encore, mais le dîner! elle pourrait très bien se fâcher, la petite femme charmante, alors c'était une occasion perdue qui ne se retrouverait pas.
A la hâte il écrivit ses lettres, à la hâte aussi il avala son déjeuner, et à trois heures il descendait de voiture devant le perron du château où Ghislaine l'attendait, seule.