Deux jours après, il revint à la charge, mais cette fois en employant une autre tactique.

—Puisque les allusions et les insinuations ne réussissent pas, se dit-il, essayons d'un moyen plus direct.

Et il mit ce moyen en oeuvre en sortant de chez Flavie. Au lieu de monter en voiture, il prit le professeur par le bras, comme il l'aurait fait avec un intime.

—Vous voyez en moi, dit-il de sa voix la plus insinuante, un homme qui a pris une grande résolution: c'est celle de vous faire violence.

Comme Beio le regardait avec surprise, le baron se mit à rire d'un air bon enfant, plein de franche cordialité.

—Rassurez-vous, n'ayez aucune peur; je ne veux pas vous faire de mal, au contraire. Quels sentiments croyez-vous que je ressens pour vous, monsieur Beio? demanda-t-il en regardant le maître de chant en face.

—Mais, monsieur le baron, je ne sais en vérité que vous répondre.

—Comment, vous ne savez pas que j'éprouve pour vous une vive, une très vive sympathie? Je suis donc bien dissimulé, ou bien vous, vous êtes donc aveugle? Il faut que je vous dise en plein visage que j'ai pour vous, nonseulement pour votre talent, que j'admire, mais encore pour votre personne, une grande estime? Elle est si vive qu'elle m'a inspiré une idée qui a germé dans mon esprit en pensant à ce maudit mariage. Savez-vous ce que je me suis dit souvent en vous regardant pendant que vous faisiez travailler Flavie? Je vais vous le répéter, parce que j'ai pour habitude de ne rien cacher; tout ce qui me passe par l'esprit, tout ce que je pense des gens, je le dis. Voilà comme je suis fait. Est-ce bien? est-ce mal? ce n'est pas la question. Je suis ainsi. Eh bien! ce que je me suis dit souvent, c'est que le mari qui convenait à Carmelita, c'était....

Le baron fit une pause, en s'arrêtant et en forçant Beio à s'arrêter aussi et à le regarder en face.

—Je me suis dit que c'était... vous.