—Oh! papa.
—Chut!
Et le baron, mettant un doigt sur ses lèvres, se retira discrètement: il en avait dit assez.
Cela fait, il se retourna vers Beio et l'alla trouver chez lui; car, en pareille affaire, il ne lui convenait pas d'écrire: les lettres se gardent.
—J'ai arrangé les choses, dit-il, ou plutôt je les ai préparées. Voici ce que j'ai imaginé (cela n'est peut-être pas très habile, car je reconnais que je n'entends rien à l'intrigue, mais il me semble que ce que j'ai en vue peut néanmoins réussir): je fais venir Carmelita chez moi, et on l'introduit dans la serre, où on la laisse seule; aussitôt vous, qui vous promeniez dans le jardin en prenant la précaution de ne pas vous laisser voir, vous vous glissez derrière elle, et, la porte de la serre refermée par vous au verrou, vous vous expliquez, sans craindre d'être entendu ou dérangé par personne. Vous trouverez dans cette serre un coin où vous serez cachés comme dans un bois: c'est auprès de la grotte, dans le fond, contre le mur de la maison. Amenez-la dans ce coin et ne craignez rien, vous y serez chez vous.
Beio trouva cet arrangement très heureux, cependant il proposa au baron une légère modification:
—Si, au lieu d'attendre l'arrivée de Carmelita dans le jardin, il l'attendait dans la serre même, caché dans la grotte ou derrière un arbuste?
Mais le baron n'adopta pas cette combinaison, qui pouvait faire échouer son plan: en effet, Beio s'introduisant le premier dans la serre, pouvait appeler l'attention du colonel, tandis que c'était la voix de Carmelita qui devait frapper cette attention.
—Non, dit-il, j'aime mieux le jardin; dans la serre il y aurait préméditation de votre part et complicité de la mienne. Il vaut mieux que cette rencontre arrive par hasard; vous voyez Carmelita entrer dans la serre, vous la suivez: rien de plus naturel.
Enfin le baron s'adressa au colonel pour un service à lui demander, un renseignement sur l'Amérique, qui ne pouvait être précis qu'en ayant sous les yeux une masse de lettres.