Le lendemain, avant que la bataille s'engageât, il voulut veiller lui-même aux dernières dispositions à prendre et ne rien laisser au hasard.

Tout d'abord il alla dans la serre voir si le verrou n'était pas tirer intérieurement, puis il disposa les chaises devant la grotte et tira le tête-à-tête de manière à le bien placer vis-à-vis les baies du salon.

Cela fait, il arrangea lui-même les stores du salon et les tira jusqu'en bas.

Enfin il donna des ordres pour qu'en son absence, personne ne pénétrât dans le salon ou dans la serre, afin que tout restât bien tel qu'il l'avait disposé.

A deux heures, il envoya Ida en voiture aux Champs-Élysées, en lui recommandant de rester avec Carmelita jusqu'à deux heures cinquante-cinq minutes, de manière à ne revenir avec elle, rue du Colisée, qu'à trois heures précises.

Poussé par l'impatience et la fièvre, Beio arriva un peu avant l'heure qui lui avait été fixée; mais cela ne dérangeait en rien le plan du baron, mieux valait cette avance qu'un retard.

Par quelques paroles adroites, le baron exaspéra cette impatience du maître de chant, en même temps qu'il s'efforça d'enflammer son espérance.

—Il était certain que Carmelita serait vaincue; c'était une affaire d'entraînement, de passion. Non, jamais il ne croirait, lui, baron Lazarus, que cette charmante fille serait sourde à la voix de son coeur et n'écouterait que le tintement de l'argent. Son oncle et sa mère avaient pu la dominer; mais, dans les bras de celui qu'elle avait aimé, qu'elle aimait, elle redeviendrait elle-même. Que fallait-il pour cela? Assurément il n'avait pas la prétention, lui vieux bonhomme, n'ayant jamais été entraîné par la passion, de l'indiquer. Mais, dans son coeur, M. Beio trouverait certainement des élans irrésistibles. Personne à craindre, liberté absolue.

A son grand regret, le baron dut quitter M. Beio. Un rendez-vous d'une importance considérable l'appelait au dehors.

—Allons, mon cher monsieur, bon courage et bon espoir!