Ils entrèrent dans le salon, où, sur une table devant la cheminée, entre les deux baies communiquant avec la serre, étaient disposées des liasses de lettres.

C'étaient quelques-unes de ces lettres que le baron voulait soumettre au colonel, pour avoir son sentiment sur la solvabilité et surtout la valeur morale de ceux qui les avaient écrites.

En plus de la parfaite concordance dans l'heure, il y avait encore un point décisif dans le plan du baron: il fallait qu'au moment où Carmelita entrerait dans la serre, le colonel et lui gardassent le silence dans le salon; car, si Carmelita entendait la voix du colonel, il était bien certain que, malgré la surprise que lui causerait la brusque arrivée de Beio, elle ne parlerait pas.

Quand on se poste pour surprendre les gens, il est facile de garder le silence; mais ce n'était point là le cas du colonel, et il était impossible de lui dire franchement: Taisez-vous.

Le baron avait prévu cette difficulté et il avait trouvé un moyen pour la tourner.

Tout d'abord, après avoir fait asseoir le colonel devant la table chargée de lettres et de manière à faire face à la serre, il prit ces lettres et d'une voix forte il adressa ses questions au colonel en lui nommant les personnes sur lesquelles il désirait être renseigné.

Il suivait l'aiguille sur le cadran de la pendule, il avait encore six minutes pour être bruyant.

Ce qui devait arriver se réalisa: le colonel répondit que parmi les noms qu'on lui citait, il y en avait plusieurs qu'il ne connaissait pas.

Le baron se montra vivement contrarié.

—Je suis un bien mauvais négociant, dit le colonel en riant, et puis ces personnes habitent Cincinnati, et mes relations avec cette ville n'ont jamais été bien fréquentes.