C'était un secret, un grand secret, que personne ne connaissait encore à Paris; car le prince et sa famille venant de Suisse avec le colonel Chamberlain, étaient arrivés le matin même.
Une fois en possession de ce secret, la comtesse d'Ardisson n'eut qu'un désir, l'apprendre elle-même à madame de Lucillière, pour voir comment celle-ci recevrait cette nouvelle.
Précisément c'était jour d'Opéra de la marquise de Lucillière, l'occasion était vraiment heureuse.
A huit heures, la comtesse d'Ardisson s'était installée dans sa loge, qui faisait face à celle de madame de Lucillière.
La marquise n'était point encore arrivée et sa loge était restée vide jusqu'à la fin du premier acte de Robert, qu'on donnait ce soir-là.
La toile était à peine tombée, que la comtesse d'Ardisson entrait dans la loge de madame de Lucillière pour lui faire une visite d'amitié.
La marquise était gaie, souriante, de belle humeur comme à l'ordinaire, et prenait plaisir pour le moment à plaisanter le prince Seratoff, qui l'avait accompagnée.
Elle accueillit la comtesse d'Ardisson avec des démonstrations de joie affectueuse, comme une amie dont on a été trop longtemps séparée.
Après quelques minutes, le prince Seratoff sortit de la loge, les laissant en tête à tête.
—Vous savez la nouvelle? demanda aussitôt la comtesse.