Madame de Lucillière ramena son voile sur son visage et, s'étant enveloppée dans son manteau, elle attendit debout, les yeux fixés sur la porte de la chambre.
Mais les minutes s'écoulèrent, sans que le colonel parût et même sans qu'on entendit aucun bruit.
Doucement et marchant sur la pointe des pieds elle s'avança vers la porte de la chambre. Un des battants était ouvert, mais une tapisserie fermait le passage et empêchait de voir ce qui se passait dans la chambre.
Assis dans un fauteuil, le colonel se tenait la tête appuyée dans sa main gauche, comme un homme qui réfléchit.
Elle écarta la portière et entra.
Le bruit de l'étoffe et le bruissement de la robe de la marquise frappèrent le colonel, qui releva lentement la tête et regarda machinalement du côté d'où venaient ces bruits.
A la vue de cette femme voilée qui s'avançait vers lui, il tressaillit.
—Qui est là? dit-il.
Elle ne répondit pas, mais d'un geste brusque elle releva son voile; en même temps, elle jeta loin d'elle le manteau qui l'enveloppait.
Dans tous ses mouvements, il y avait quelque chose de théâtral, et son entrée ressemblait jusqu'à un certain point, à celle d'un premier rôle.