—Nous n'y tenons pas; notre présent est aussi heureux que l'a été notre passé et pour moi ma femme a toujours les seize ans qu'elle avait à l'époque de notre mariage. Notre promenade faite, nous rentrons grand train à la maison pour recevoir nos amis qui viennent nous apporter leurs compliments et dîner avec nous.

—Alors, la table est complète?

—Avec toutes ses rallonges, oui, cependant nous n'avons que nos amis intimes auxquels se joindront cette année votre fils puisqu'il est notre hôte, et aussi le marquis Collio.

—De sorte que si je te demandais une place à cette table, il serait impossible de me la trouver.

—Vous, monsieur Amédée!

—Et pourquoi pas?

Fourcy était manifestement sous le coup d'une profonde émotion, d'un trouble de joie; il attendit quelques secondes avant de répondre:

—Parce qu'il est des faveurs qu'on désire vivement, dit-il enfin d'une voix vibrante, mais que précisément pour cela on n'ose pas solliciter.

—Laisse-moi te dire, mon bon Jacques, que tu me traites beaucoup trop cérémonieusement. Pourquoi ne m'as-tu jamais invité chez toi? Tu vas me répondre: «Pourquoi n'êtes-vous jamais venu?» Et tu auras raison, au moins jusqu'à un certain point. Mais comment veux-tu que dans le tourbillon qui m'emporte j'aie le temps de faire ce que je désire? Je vais où la fantaisie de l'heure présente m'entraîne et jamais où j'avais décidé la veille d'aller. Voilà comment jusqu'à présent je n'ai jamais pu te faire ma visite à Nogent. Maintenant qu'une bonne occasion se présente, je la saisis au passage, et si tu veux de moi, demain je serai ton convive, avec tes autres amis.

Fourcy se leva vivement et venant à M. Charlemont, il lui prit les deux mains qu'il serra avec effusion.