Celui à qui il devait prendre cette somme, c'était son père.

Là-dessus il n'y avait pas de doute possible: enlever trois cent mille francs à son père, ce n'était même pas lui causer un embarras! D'ailleurs ce préjudice il le réparerait un jour qui n'était pas éloigné, le jour de sa majorité, quand il serait mis en possession de sa fortune, et il le réparerait complètement, pour le capital et les intérêts.

Mais s'il était parfaitement décidé à prendre cet argent à son père, il ne l'était pas sur la manière de le prendre.

Ce fut à étudier cette manière qu'il employa le reste de sa nuit.

Au collège il s'était amusé à imiter l'écriture de ses camarades et de ses maîtres et il avait poussé cet art si loin que bien souvent on avait recouru à son talent pour se faire fabriquer par lui de faux bulletins et de fausses exemptions. Jamais il n'avait refusé de rendre ces services à ceux de ses camarades qui les réclamaient. Mais jamais il n'avait voulu faire pour lui ce qu'il faisait volontiers pour les autres.

Pourquoi ne se servirait-il pas de ce talent pour fabriquer une fausse lettre de crédit, une fausse lettre de change, un faux chèque de trois cent mille francs qu'il signerait, non pas du nom de son père, qui ne signait jamais rien, mais du nom de Fourcy qui avait la signature de la maison de banque; ce serait la maison Charlemont qui rembourserait ces trois cent mille francs, ce ne serait pas Fourcy.

Où toucherait-il cet argent?

Là se dressait une nouvelle question.

A Paris, cela pouvait être dangereux, car il n'y aurait que quelques pas à faire pour s'assurer que le titre était faux.

Mais à Londres, en se présentant chez les correspondants de son père, ce moyen ne pouvait-il pas, ne devait-il pas réussir?