Par qui avait-il été commis?

On interrogea les employés de la première caisse; mais il y eût contradiction dans les réponses qu'on en put tirer.

Pour les uns ce James Marriott était un jeune Anglais de grande taille à l'air raide et brutal.

Pour un autre ce n'était pas un jeune homme, c'était au contraire un vieillard à cheveux blancs qui avait toute la tournure d'un patriarche.

Et personne ne voulait démordre de son opinion.

—Je me souviens parfaitement qu'il avait les cheveux noirs.

—Et moi qu'il les avait blonds.

—Et moi qu'il les avait blancs.

A côté de ces observateurs il y avait des employés qui ne se rappelaient rien et qui n'avaient pas fait attention à la couleur des cheveux de James Marriott, ni à sa taille, ni à son âge, ayant d'autres préoccupations en tête que de regarder les gens qui défilaient devant les guichets.

Une autre question qui se présentait était celle de savoir si la signature de Fourcy était vraie ou fausse: les employés de la Banque soutenaient qu'elle était vraie et qu'entre cette signature et celle des seize autres mandats il n'y avait aucune différence appréciable; Fourcy convenait de cette parfaite ressemblance, mais il ne reconnaissait pas cette signature cependant comme la sienne, et la preuve qu'il donnait, aussi bien qu'il se la donnait à lui-même, il la trouvait dans ce fait que les mots «trois cent mille francs» étaient ou plutôt semblaient écrits par lui; il avait signé des mandats, cela était certain, il avait même rempli les blancs sur plusieurs, cela était certain aussi: mais ce qui était tout aussi certain, c'était que sur aucun il n'avait écrit les mots «trois cent mille francs»; donc la signature n'était pas plus de sa main que l'inscription, elles étaient l'une et l'autre l'oeuvre d'un faussaire habile.