»LUCIEN FOURCY.»
Elle avait été difficile à écrire cette lettre, car il fallait en peser tous les mots.
Si Robert n'était pour rien dans le vol du mandat, il ne fallait pas qu'il pût croire qu'on le soupçonnait.
Mais, d'autre part, s'il en était l'auteur, il fallait lui faire sentir qu'il devait le déclarer, pour ne pas laisser accuser un innocent, alors surtout que cet innocent était son meilleur ami.
En la relisant il crut avoir obtenu ce double résultat: «Si un fils peut prendre trois cent mille francs à son père, c'est quand il a la certitude de pouvoir les lui rendre.—On a beau prétendre qu'un duel ne prouve rien, au moins cela soulage.—Tu seras mon témoin.»
Tout cela assurément toucherait Robert s'il était coupable, et il n'attendrait point la dépêche qui devait l'appeler comme témoin, pour arriver à Paris et confesser la vérité.
XXXIII
Lucien ne s'était pas trompé dans ses raisonnements; Robert, en recevant la lettre de son camarade, monta en wagon pour revenir à Paris au plus vite.
Mais, malgré sa hâte, il n'arriva que le dimanche matin à la gare du
Nord.
Bien qu'à cette heure matinale il n'eût pas grande chance de trouver son père, il se rendit aussitôt rue Royale, mais M. Charlemont n'était pas rentré, et il était même probable qu'il ne rentrerait pas parce qu'il devait être à la campagne.