—Oui, monsieur.

—Qui est mort il y a trois ans au moins; vraiment, madame, c'est une bien mauvaise chance de n'avoir que des morts, pour témoins.

Il s'établit un silence terrible, au moins pour le mari et la femme.

Fourcy s'était pris la tête à deux mains, désespérément, et il s'enfonçait les ongles dans le crâne pour se donner à lui-même la sensation de la réalité.

Les paupières baissées, mais les yeux ouverts, madame Fourcy tâchait de se rendre compte de l'effet de ses paroles aussi bien sur son mari, que sur le juge d'instruction et le commissaire. Elle avait senti que c'était chose grave de donner le nom d'Esserie après celui de Tasté, deux morts, mais elle n'avait pas osé risquer celui de La Parisière: interrogé, La Parisière ne serait-il pas forcé de parler des trois cent mille francs d'Heynecart, et des cent mille francs d'achat de rente? Et alors ne serait-ce pas la découverte de la vérité entière? Telle était la situation, qu'un mot en moins pouvait aussi bien la perdre qu'un mot en plus. Et le terrible, c'était qu'elle ne pouvait pas réfléchir à ce qu'elle disait: il fallait qu'elle parlât, et de telle façon qu'elle eût l'air de parler naturellement, sans réflexion, en n'obéissant qu'à la franchise.

Ce fut le commissaire de police qui rompit le silence.

—Monsieur le juge d'instruction, dit-il, je voudrais avoir l'honneur de vous entretenir un moment.

Le magistrat parut jusqu'à un certain point suffoqué par cette demande d'un subalterne, cependant il se leva et il suivit le commissaire à l'autre bout du salon, tandis que Fourcy et madame Fourcy restaient vis-à-vis le greffier sans se parler.

—Pour moi, dit le commissaire à voix basse et le nez tourné vers la fenêtre ouverte, ce brave homme est innocent.

—Peut-être.