—C'est une explication, j'en conviens, mais Ladret aussi en est une; laquelle est bonne? la question reste posée.
—Pas pour moi.
VI
Fourcy aurait voulu aussitôt après le départ de M. Charlemont, courir à Nogent, car il n'y avait de joie complète pour lui que celle qu'il partageait avec sa femme; comme elle allait être heureuse! comme elle allait être fière de lui! ce n'était pas seulement leur fortune qui était assurée, c'était encore celle de leurs enfants. Lucien serait un jour l'associé de Robert; et si le marquis Collio avait pu hésiter à épouser la fille d'un employé, il n'hésiterait certes plus, maintenant que cet employé était l'associé de la maison Charlemont, le successeur officiel du grand Charlemont; c'était aussi une noblesse, celle-là.
Mais précisément parce qu'il ne devait pas venir le lendemain à son bureau, il avait des affaires importantes à préparer ou à régler qui le retinrent à Paris, et il ne put partir que par le train de cinq heures et demie, ce qui ne lui faisait qu'une heure d'avance sur son arrivée de chaque jour.
Enfin c'était toujours une avance, c'est-à-dire une surprise.
Au lieu que sa femme vînt au-devant de lui comme tous les soirs, il allait la surprendre.
Et il se faisait une fête de cette surprise comme un amoureux de vingt ans.
Ce fut à pas pressés qu'il monta la grande rue de Nogent et en courant presque qu'il traversa son jardin: personne sur la terrasse devant la maison, personne dans le vestibule; sans doute sa femme était dans un petit salon de travail où elle se tenait ordinairement; il y entra sur la pointe des pieds.
Mais elle n'était pas dans ce salon; alors comme il avait vu dans le vestibule son ombrelle et son chapeau de jardin, il conclut de là qu'elle devait être dans sa chambre et il monta au premier étage.