Enfin le juge d'instruction ayant rendu une ordonnance portant qu'il n'y avait lieu à suivre contre la dame Fourcy, le procureur de la République ordonna qu'elle fût mise en liberté si elle n'était retenue pour autre cause.
Fourcy avait demandé à M. Charlemont de faire connaître ses résolutions à sa femme et celui-ci avait consenti à se charger de cette mission, ainsi qu'à régler tout ce qui avait rapport à la séparation; aussitôt qu'il la sut libre et installée dans son appartement de Paris, il se présenta donc chez elle, après toutefois qu'il l'eût fait prévenir de sa visite.
Si cette entrevue était cruelle pour madame Fourcy, pour lui elle était difficile, car il devait oublier qu'il avait devant lui la femme qui avait perdu son fils et déshonoré son nom, pour ne penser qu'à son pauvre Jacques et aux intérêts sacrés qu'il lui avait confiés.
Ils restèrent un moment en face l'un de l'autre sans parler.
Ce fut madame Fourcy qui commença:
—Je ne dirai pas que je suis heureuse de vous voir, et cependant la vérité est que, malgré mon trouble, je profite de l'occasion qui m'est offerte de traiter avec vous cette déplorable affaire des trois cent mille francs que M. Robert m'a prêtés, et que je vous rendrai aussitôt que je pourrai négocier certaines valeurs qui étaient le gage de cet emprunt.
—Ah! c'était un emprunt, dit M. Charlemont.
—Et que voudriez-vous que ce fût?
—Ce qu'a été le collier; mais je ne suis pas ici pour discuter cette question des trois cent mille francs, pas plus que celle du collier, j'y suis pour vous apporter les intentions de votre mari, que vous connaissez déjà en partie et rien que pour cela, ne nous égarons donc pas: ces intentions, les voici: séparation amiable, c'est-à-dire sans intervention de la justice; liquidation de la communauté avec vente de la maison de Nogent et reprise par vous du mobilier qui la garnit, ainsi que de celui qui se trouve dans votre appartement; enfin, engagement formel de votre part de ne jamais chercher à revoir ni votre mari ni vos enfants.
—Pour ce qui est affaires je me soumettrai à tout ce que mon mari voudra; mais quant à ne pas le revoir, je ne prendrai jamais cet engagement, car mon plus ardent désir, mon espérance est au contraire de le revoir un jour, et si je ne vais pas en ce moment me jeter à ses genoux, c'est uniquement pour ne pas retarder cette réconciliation en essayant précisément de la brusquer; le temps agira; je mets ma confiance en lui; quant à mes enfants, je prendrai encore bien moins l'engagement qu'on veut m'imposer; c'est à eux seuls de décider s'ils veulent ou ne veulent pas revoir leur mère: pour moi, leur réponse est certaine, et je ne vous cache pas que c'est sur eux que je compte pour ramener mon mari et lui faire reprendre sa position à Paris, près de vous et dans le monde, qu'un coup de désespoir, c'est-à-dire de folie, lui fait abandonner.