—Savez-vous que je vous admire, dit-il à mi-voix.
—Vraiment, répondit-elle.
Et elle eut un petit mouvement de vanité; si peu coquette qu'elle fût quand son intérêt n'était pas en jeu, elle ne pouvait pas être insensible au compliment d'un homme comme M. Charlemont.
—Vraiment, répéta-t-elle en le regardant.
—Avouez que vous êtes un peu gourmande, hein? Je trouve la gourmandise adorable chez une femme. D'ailleurs entre nous (je baisse la voix pour que mon fils ne soit pas scandalisé), plus une femme a de vices, plus elle a de moyens de séduction. Celui-là est un de ceux que j'estime le plus. Quoi de plus gai à voir qu'une jolie petite femme qui mange bien, avec bel appétit et aussi avec jouissance. Cela m'a toujours charmé. Et je ne connais rien de plus triste que de dîner ou de souper en tête-à-tête avec une femme qui ne mange pas; si bien disposé qu'on soit, on en arrive vite à ne pas manger soi-même; on pleurerait dans son verre. Seulement on dit que les femmes qui sont douées de ce joli rire sont moins… comment dirai-je bien? sont de complexion peu tendre. Est-ce vrai?
—Je n'en sais rien.
—Comment vous n'en savez rien? Si vous ne me renseignez pas là-dessus, je ne peux pourtant pas m'adresser à Fourcy, car pour qu'il pût me répondre il faudrait qu'il eût des termes de comparaison, et bien certainement ce n'est point son cas, le brave garçon.
Une place était restée inoccupée à un des bouts de la table, c'était celle d'un homme de Bourse, un faiseur nommé La Parisière qui avait été le camarade de jeunesse de Fourcy et qui était resté son ami: ceux qui se prétendaient bien informés disaient qu'il avait même été mieux que cela et qu'en tout cas il continuait d'être en relations d'affaires avec madame Fourcy, qui se servait de lui, à l'insu de son mari, pour ses spéculations et ses opérations de Bourse;
On croyait qu'il ne viendrait pas, lorsqu'au second service il arriva empressé, ému.
—Eh bien, tu es un joli garçon, dit Fourcy. Une heure de retard.