Jusque-là il avait eu toutes les peines du monde à lui faire accepter les cadeaux qu'il avait tant de joie à lui offrir, et le plus souvent, il avait été obligé d'en atténuer la valeur réelle pour les lui imposer, ayant à lutter contre des scrupules et des répugnances presque invincibles.
Mais à cette heure il allait bien falloir qu'elle cédât; ce n'était point de bijoux plus ou moins riches qu'il s'agissait, de perles, de diamants, de pierreries qu'elle pouvait refuser et qu'elle avait, en effet, toujours refusés en disant: «qu'un bouquet de violettes d'un sou offert tendrement lui faisait un aussi grand plaisir qu'une rose en diamant»; maintenant elle n'allait plus se fâcher contre lui, le gronder comme elle l'avait toujours fait lorsque à force d'instances et de prières il était parvenu à vaincre ses refus.
N'allait-elle pas, au contraire, éprouver un élan de joie, lorsqu'il lui apporterait les trois cent mille francs qui la sauveraient? Assurément, elle voudrait les refuser; elle lui dirait qu'elle n'était pas une femme d'argent, qu'elle ne voulait pas qu'il y eût de l'argent entre eux, mais après le premier moment de résistance, après le premier mouvement de révolte de sa dignité, elle se jetterait dans ses bras, heureuse et fière de cette preuve d'amour.
Ce serait alors que profitant de son émotion, il avouerait comment il avait surpris les paroles de La Parisière et les soupçons qui tout d'abord avait affolé son esprit, car pour la tranquillité de sa conscience, il lui fallait cette confession. Et elle était si bonne, si indulgente qu'elle lui pardonnerait.
Alors ce serait une vie nouvelle qui commencerait pour eux, ou plutôt ce serait la continuation de ce qui existait en ces derniers temps; car elle n'oserait plus bien certainement parler de rupture ni même d'éloignement; ses craintes seraient étouffées par les transports de sa gratitude. Que peut-on refuser à celui qui vous sauve? Que ne veut-on pas faire pour lui?
C'était dans sa chambre qu'il raisonnait ainsi, allant de déductions en déductions: arrivé à cette conclusion il sauta à bas de son lit, entraîné par la joie. Il ne pouvait plus rester en place. Il lui fallait marcher, et par le mouvement épuiser sa surexcitation fiévreuse.
Pendant assez longtemps il tourna autour de sa chambre, ne s'arrêtant que pour se mettre à sa fenêtre et respirer pendant quelques instants l'air frais de la nuit.
Alors il écouta: tout dormait dans la maison silencieuse; au moins tout semblait dormir, mais elle, la pauvre femme, sûrement elle ne dormait pas. En proie à l'inquiétude, elle se tourmentait, cherchant comment elle ferait face aux difficultés qui l'enveloppaient. Et elle ne se doutait pas que sous le même toit qu'elle, à quelques pas d'elle il y avait un homme qui lui aussi ne dormait pas et qui, après avoir cherché comme elle à sortir des difficultés de cette situation, venait de trouver le moyen de la sauver.
Il était bien simple ce moyen: emprunter trois cent mille francs n'importe à quel prix, et les lui apporter pour qu'elle les remît à La Parisière.
Seulement il fallait trouver à emprunter ces trois cent mille francs, et cela était moins simple.