Nous avons traversé une pâture, et nous sommes entrés dans le bois. Il fallait payer un dollar pour franchir la barrière et beaucoup de badauds faisaient demi-tour. Le sentier qui traversait le bois était relativement peu fréquenté. Je marchais avec prudence et regrettais de ne pas avoir des yeux derrière la tête au lieu d’un téléphone. L’oncle Charlie et ma petite sœur me précédaient. Mary jacassait comme une oie blanche. Je ne sais pas comment elle s’y prenait, mais elle parvenait à paraître plus petite et plus jeune que dans l’autavion. Nous sommes enfin arrivés à une clairière. L’astronef était là.
Il avait plus de trente mètres de diamètre, mais il était fait de métal léger et de feuilles de plastique, badigeonnées de peinture d’aluminium. Il avait la forme de deux assiettes à soupe accolées face à face. À part cela, il n’offrait rien de remarquable. « C’est passionnant ! » s’écria pourtant Mary.
Un gamin de dix-huit ou dix-neuf ans, dont le visage boutonneux était rougi par un coup de soleil permanent, passa la tête par une espèce de trappe ménagée au sommet de cette grotesque machine. « Vous voulez visiter l’intérieur ? » proposa-t-il. Il ajouta que ce serait cinquante cents de supplément par personne. L’oncle Charlie les lui donna.
Mary hésita une seconde à l’entrée de la trappe. À ce moment le garçon boutonneux fut rejoint par un autre qui semblait être son frère jumeau, et, à eux deux, ils voulurent l’aider à descendre. Elle eut un mouvement de recul. Je m’avançai rapidement, tout près à l’aider moi-même, si besoin était. J’avais d’ailleurs pour cela des motifs presque uniquement professionnels. Je trouvais que cette mise en scène sentait effroyablement mauvais.
« Oh ! ce qu’il fait noir là-dedans ! dit-elle avec un petit frisson.
— Vous n’avez rien à craindre, dit le second jeune homme. Depuis ce matin nous n’arrêtons pas de conduire des visiteurs. Je suis Vincent MacLain. Venez donc, mademoiselle. »
L’oncle Charles jeta sur la trappe un coup d’œil de mère poule. « Il y a peut-être des serpents, déclara-t-il. Non, Mary, il vaut mieux que tu n’y ailles pas.
— Il n’y a rien à craindre, insista le premier MacLain. Vous ne risquez rien.
— Vous pouvez garder l’argent, décréta l’oncle Charles en jetant un coup d’œil à sa montre-bague. Nous sommes en retard, mes enfants. Allons-nous-en. » Je les suivis une deuxième fois en sens inverse le long du sentier.
Nous remontâmes dans l’autavion. « Alors ? dit sèchement le Patron quand nous fûmes en l’air. Qu’est-ce que tu as vu ?