Miss Briggs me réveilla et Doris m’apporta mon petit déjeuner.
C’était comme si je n’avais jamais été rayé de la liste des malades. Je n’étais pas en trop mauvaise forme. Il me semblait seulement avoir dégringolé les chutes du Niagara dans un tonneau. J’avais des pansements aux deux bras et aux deux jambes, là où les colliers m’avaient coupé la peau, mais pas de fractures. C’était surtout à l’âme que j’avais mal…
Comprenez-moi bien : le Patron avait le droit de mettre ma vie en danger. Ça, c’était dans le contrat. Mais pas ce qu’il m’avait fait ! Il savait bien ce qui me ferait agir et il s’en était servi pour m’obliger à faire une chose que je n’aurais jamais faite de mon plein gré. Après m’avoir amené là où il voulait, il s’était impitoyablement servi de moi. Oh ! bien sûr, il m’est arrivé de passer des types à tabac pour les faire parler. Quelquefois on ne peut pas faire autrement. Mais cela, vous pouvez m’en croire, c’était tout différent.
C’était de penser au Patron qui me faisait le plus de mal. Mary ? Après tout ce n’était qu’une fille comme beaucoup d’autres. Bien sûr, j’étais dégoûté qu’elle l’ait laissé se servir d’elle comme d’un appât. Elle était parfaitement en droit d’utiliser son sex-appeal dans son métier d’agent. Il y a des espionnes depuis que le monde est monde et celles qui sont jeunes et jolies ont toujours eu recours aux mêmes armes.
Mais elle n’aurait jamais dû accepter qu’on se serve d’elle contre un collègue – et en tout cas pas contre moi.
Ce n’est guère logique, direz-vous ? Moi je trouve que si. J’étais déjà passé par là. Ils pouvaient continuer sans moi « l’Opération Parasite ». J’avais un petit chalet dans les Adirondacks ; assez de provisions au réfrigérateur pour une année, et une bonne réserve de pilules extra-temporelles. Je décidai d’aller là-bas les utiliser. Le monde se sauverait ou se perdrait sans moi.
Si quelqu’un s’approchait à moins de cent mètres de mon chalet, il ferait bien de montrer son dos nu s’il ne voulait pas se faire abattre sur place.
CHAPITRE XI
J’avais grand besoin de m’épancher et Doris fut pour moi une auditrice toute trouvée. Ce que je lui racontai l’indigna tant qu’elle entra dans une colère bleue. Elle avait pansé mes plaies et si, en sa qualité d’infirmière, elle avait souvent eu à en panser de bien pires, les miennes avaient ceci de particulier que je les devais à des collègues. Je lui exprimai d’une façon plus ou moins intelligible les sentiments que m’inspirait le rôle joué par Mary dans l’affaire.
« Je ne me trompe pas ? dit-elle stupéfaite. Vous vouliez vraiment épouser cette fille ?