— Non. Pourquoi ?
— N’y retourne sous aucun prétexte. Je me souviens d’avoir pensé, lorsque j’étais leur prisonnier qu’il faudrait y tendre un piège.
— Mais tu n’as pas eu le temps de le faire, disais-tu ?
— Non, mais le piège a pu être tendu depuis. Il y a peut-être un équivalent du vieux John qui nous guette comme une araignée, en attendant que toi et moi y retournions. »
Je lui expliquai la théorie de Mac Ilvaine relative à la « mémoire de groupe » que, selon lui, possédaient les créatures. Sur le moment, j’avais estimé que ce n’était là qu’une de ces idées loufoques comme en ont les savants. Mais je voyais maintenant que c’était la seule hypothèse pensable qui répondait à tout – à moins de supposer les envahisseurs assez bêtes pour préférer pêcher dans une baignoire plutôt que dans une rivière ! Or, nous étions payés pour savoir qu’ils ne l’étaient pas.
« Attends un peu, chéri : en réalité, d’après la théorie de Mac Ilvaine, chaque créature serait toutes les autres en même temps. C’est bien cela ? En d’autres termes, l’être qui m’a capturée hier soir était aussi bien celui qui t’a possédé quand tu leur appartenais, que celui qui t’a effectivement possédé… Oh ! mon Dieu, voilà que je m’embrouille ! Je veux dire que…
— C’est cela dans ses grandes lignes. Séparément, ce sont des individus ; mais en conférence directe ils mettent leurs mémoires en commun et le titan A devient exactement semblable au parasite B. Si c’est vrai, celui d’hier soir se souvenait exactement de tout ce qu’ils ont appris de moi, à condition, bien entendu, qu’il ait eu une conférence directe avec la larve qui m’a possédé ou tout au moins avec une larve qui se soit trouvée reliée en conférence directe par un nombre quelconque de ses congénères à celle qui m’a possédé, après le moment de ma capture. Et on peut être sûr que cela s’est passé ainsi, quand on connaît leurs habitudes. Il aurait donc – (je parle du premier)… Non, attends. Prenons trois larves : Pierre, Paul, et… euh… Jean. Jean c’est celle d’hier soir. Paul est celle qui…
— Pourquoi leur donner des noms, si ce ne sont pas des individus ? demanda Mary.
— Pour leur laisser… Au fond, peu importe. Mais souvenons-nous que si Mac Ilvaine a raison, il y a des centaines de mille, peut-être même des millions de larves qui savent exactement qui nous sommes, qui connaissent nos noms, nos visages, et tout ce qui nous concerne. Elles savent où est ton appartement, le mien, notre chalet… Nous sommes notés sur une liste.
— Mais, Sam… c’est horrible, dit-elle en fronçant tes sourcils. Comment pouvaient-elles savoir quand elles nous trouveraient au chalet ? Nous n’avions rien dit à personne. Nous avaient-elles tendu une embuscade à tout hasard ?